Wavemaker Story #5 - Olivier Bouche
La robustesse plutôt que la performance
Les entreprises les plus résilientes ne sont pas les plus performantes, mais les plus robustes. Olivier Bouche accompagne les sociétés qui veulent se libérer de l’hyper-optimisation pour construire une gouvernance régénérative, alignée aux principes du vivant. Des principes à appliquer tant dans les sphères professionnelles, sociétales qu’individuelles.
Qui est le Wavemaker Olivier Bouche ?
Formé aux sciences humaines et sociales, Olivier Bouche construit sa carrière dans le marketing et l’entrepreneuriat. Un tournant s’opère lorsqu’il réalise, en donnant un cours à des étudiant·es, que parler uniquement de profitabilité ne répond plus aux enjeux de notre époque. Il s’intéresse alors aux neurosciences qui lui révèlent que notre cerveau est biologiquement programmé pour la robustesse et la coopération, bien plus que pour la performance. En 2020, il cofonde Corporate ReGeneration, une structure qui aide les entreprises à repenser leurs modèles de gouvernance dans une perspective régénérative.
On parle de plus en plus de robustesse. Comment définissez-vous ce concept ?
La robustesse est la capacité d’un système – biologique, social ou économique – à rester stable face aux perturbations. Contrairement à la performance, qui vise l’optimisation en conditions idéales, la robustesse permet l’adaptation dans l’incertitude.
Dans un monde en transition, c’est un concept central. Nous passons d’une époque où l’humain impactait son environnement à une époque où l’environnement impacte l’humain. Cette inversion marque l’entrée dans une nouvelle ère – l’écocène plutôt que l’anthropocène – et impose un changement de paradigme.
Pourquoi sommes-nous autant tournés vers la performance ?
C’est un héritage ancien. Depuis le néolithique, l’humain a cherché à maîtriser son environnement, à le rendre plus prévisible. Cette dynamique s’est intensifiée avec la révolution industrielle. Optimiser est devenu une norme culturelle, voire une injonction.
Mais dans ce système, le moindre grain de sable suffit à tout déséquilibrer. Il est en réalité extrêmement fragile.
Sommes-nous à un point de bascule ?
Absolument. Ce moment peut être comparé à une crise existentielle : une sorte de "midlife crisis" collective, ou une crise de couple entre l’humanité et la Terre. Le système actuel atteint ses limites. Il faut changer de cap.
Quelle est la différence entre « robustesse » et « régénération » ?
La régénération est l’objectif. La robustesse est le chemin.
On n’atteint pas la régénération sans passer par des périodes de turbulences. La robustesse permet d’y faire face, de tenir dans la durée. Elle implique un processus, une transformation progressive.
Quels sont les principaux défis lorsqu’on emprunte ce chemin ?
Le premier est culturel : il faut pouvoir s’extraire d’un modèle profondément ancré, centré sur la performance.
Le second est psychologique : la performance agit comme une addiction. S’en éloigner peut provoquer une sensation de manque, d’inefficacité. Il faut déconstruire cette logique.
Comment applique-t-on concrètement la robustesse ?
Cela ne se décrète pas, cela s’installe progressivement. En entreprise comme à l’échelle individuelle, on procède par petits pas. Quatre piliers fondamentaux guident cette démarche :
- Ne pas puiser systématiquement dans ses propres ressources.
Dans un système robuste, on s’appuie sur la richesse des interactions. Plutôt que de tout porter seul·e, on active les liens, l’intelligence collective. C’est un principe fondamental du vivant. - Travailler en sous-optimalité.
Le vivant n’est pas en permanence à 100 %. Il garde une marge de manœuvre. Le corps humain, par exemple, fonctionne à 37°C. Ce n’est que face à une infection qu’il monte à 40°C. Cette réserve permet d’être performant en cas de besoin, sans épuisement. - Se réorganiser autour des forces et talents réels des individus
On commence par identifier les compétences et les tempéraments présents, puis on répartit les rôles en conséquence.Cela crée, au départ, une forme de confort. Puis une phase de doute : certaines personnes se demandent si elles sont toujours utiles. Il faut un temps de reprogrammation, pour comprendre que contribuer à sa juste place est souvent plus efficace que s’épuiser à vouloir tout faire.L’idée n’est pas de renoncer à l’amélioration ou au dépassement de soi, mais de sortir du mythe de l’effort constant. Le vivant ne cherche pas à se dépasser en permanence : il cherche à fonctionner en équilibre, à faire émerger le meilleur de ses capacités au moment juste. C’est ce que j’appelle mettre son potentiel au service du collectif. - Intégrer les principes de santé commune et de régénérations des écosystèmes (naturel, humain, organisationnel, individuel)
Il s’agit de ramener la vie là où elle manque, de redonner souffle, fertilité et abondance à nos nombreux écosystèmes qui sont la base de nos fonctionnements. Cela peut se traduire de diverses manières. Pour une entreprise, on peut inviter la Nature à siéger au Comité de direction ou à être représentée par des écosyndicats…
Faut-il donc renoncer à la performance ?
Pas du tout. Il y a un noyau de performance dans la robustesse. Mais ce qui pose problème, c’est le culte de la performance permanente, inscrit dans nos modèles économiques et nos représentations sociales. Il s’agit de repositionner la performance : non plus comme finalité absolue, mais comme un levier parmi d’autres, utilisé au bon moment et avec discernement.
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